Propagander

Le portrait officiel du président de la République est un élément incontournable du paysage républicain et municipal français. S'il n'existe aucune obligation légale — aucun texte législatif ou réglementaire n'impose sa présence —, il s'agit cependant d'une tradition solidement ancrée dans l'histoire de nos institutions.

En 1924, la maison Braun & Cie, célèbre tant en France qu’à l’international pour ses reproductions photographiques d’œuvres d’art, est chargée de diffuser le portrait de Gaston Doumergue. Un bon de commande conservé aujourd’hui à Quesnoy-sur-Deûle nous informe que les administrations devaient débourser entre 10 et 60 francs selon le format et l’encadrement.
En 1947, le célèbre studio parisien Harcourt signe le portrait du nouveau président Vincent Auriol. La commune de Saint-André-lez-Lille en abrite un exemplaire.

À l’instar des portraits royaux, les portraits présidentiels ne sont pas de simples représentations d’apparat, mais de véritables instruments de communication. Certains politiques utiliseront largement cet outil pour leur propagande, à l’image du maréchal Pétain et de son culte de la personnalité.

Aujourd’hui, le portrait du président est transmis sous format numérique aux communes françaises après chaque élection.

Avant la Seconde Guerre mondiale, les campagnes électorales locales prennent la forme de professions de foi qui sont rarement illustrées de photographies car le procédé reste coûteux. Une exception : la campagne des législatives de 1936 !
Les candidats « républicains » souhaitent faire barrage aux candidats du Front Populaire. Ils apposent leurs photographies sur les tracts afin de faire connaitre leurs visages dans les communes où ils ne sont pas identifiés et inspirer la confiance aux électeurs.

Vous retrouvez ici Charles Vancauwenberghe, maire de Lambersart, face à Gaston Picavet, maire de Wambrechies.
À l’issue de cette opération électorale, aucun des deux n’est élu député. Le siège est emporté par un 3e candidat républicain : Henri Becquart.

Il faudra attendre l’après-guerre, voire le début des années 1960, pour que les photos des candidats soient publiées sur la propagande électorale à grande échelle.

Une fois la campagne électorale terminée, la photographie offre aux membres du conseil municipal élus une occasion de se présenter à la population. La diffusion se fait alors souvent par voie de presse. C’est le cas par exemple en 1935 à Saint-André-lez-Lille avec le maire Delphin Bailly entouré de ses adjoints et de son conseil municipal. Un article de 1959 conservé à Lompret est particulièrement intéressant, avec la publication d'une superposition de trois photographies des conseils municipaux de Pérenchies, Quesnoy-sur-Deûle et Lompret.

Dans les années 1960-1970, on retrouve de plus en plus de photographies officielles des membres du conseil municipal dans les fonds d’archives.

Vous remarquerez qu’en 1959, il n’y a qu’une femme faisant partie des élus locaux, à Quesnoy-sur-Deûle. La part des femmes dans la vie politique augmente très lentement. En 1971, seules deux femmes sont élues au conseil municipal à Lambersart. Rappelons qu’elles n’ont obtenu le droit de vote et l’éligibilité qu’en 1944 et la parité dans les conseils municipaux ne sera introduite qu’à partir de 1999.

A partir de la fin des années 1960, les portraits d’élus locaux sont de plus en plus fréquents dans les fonds communaux. C’est le cas du portrait d’Agnès Nuyttens, adjointe au maire de Lambersart. Elle se présente sur la liste municipale à partir de 1947, devient adjointe (1973-1989), puis adjointe honoraire, titre qu’elle conservera jusqu’à son décès en 1993.

Ces portraits d’identité, pris par des photographes professionnels, permettent d’illustrer les prises de parole dans les bulletins municipaux, mais également de remplir la carte d’identité des élus. Cette dernière leur permet de bénéficier de certains avantages et surtout de pouvoir prouver aux autorités leur qualité. Un exemple de cette carte est conservée à Saint-André-lez-Lille.

Les premiers bulletins municipaux de Lompret, qui datent de 1977, s’ouvrent systématiquement par un portait du maire Jules Brame. Au fur et à mesure des années, sa photographie officielle évolue, illustrant la longévité de son mandat qui dure de 1959 à 1995.

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